21.7.08




Le soleil par la fenêtre, un live de Marvin Gaye et pour la première depuis quelques jours, je me sens réellement bien.

Il faut bien dire que tout fut compliqué.

Compliqué de s'en aller, en premier lieu. Je m'attendais à un mélodrame plus oppressant mais le travail mental (" ça va aller, ça va aller, ça va aller ") fonctionne apparemment bien. Je passe mon temps à dormir dans les trains. Ça fait passer le temps plus vite et surtout, ça m'empêche de réfléchir rationnellement. En somnolant, des trucs sans queue ni tête me viennent (ma partie préférée du sommeil) : nous conduisons des toutes petites voitures, nous dépendons d'elles. Blablabla.
J'arrive en Bretagne avec un mal de dos horrible, j'ai dormi n'importe comment, limite le cul dans le passage et sur le coup, j'étais méga niqué. Là, je marche comme Quasimodo.

Comme prévu, la famille vient me pécho à la gare. Ma cousine de 3 ans est là d'ailleurs. Intimidée, elle n'ose pas me parler et me regarde discrètement. Je lui tiens la main dans la voiture, comme un symbole, comme pour lui montrer que je suis là pour elle.
On mange, elle à coté de moi, moi à coté d'elle. Je prends connaissance de ses goûts. Par exemple elle aime les curly et le jus d'ananas, elle n'aime pas les dés de fromage et les apéritifs à la tomate. On tombe d'accord. Puis elle m'emmène avec elle pour jouer et lorsqu'elle sort les petites voitures (nous y voilà) je me rends compte de son intelligence, de sa finesse. Je ne saurai pas l'expliquer, mais ses préférences sont vraiment belles, son imagination est sans limite et je vois en elle le renouveau de cette famille bloquée.
J'essaie de lui apprendre à dessiner (elle défonce dans les patates qui sourient), je lui apprends à checker quand on a fait un truc cool, je lui dessine des oiseaux, des chiens, elle adore elle m'adore je l'adore je l'aime trop en fait. J'essaie de lui inculquer de bonnes choses et je me surprends à réfléchir au message de mes paroles. Elle me dit que les robots sont méchants, je lui réponds qu'il y a aussi de bons robots, elle ne sait pas ce qu'est un indien, je lui apprends le "wouhouhouhouhou" et qu'ils se sont battus pour défendre leur territoire. J'essaie vraiment de jouer sur le symbole, de gagner sa confiance. Je veux être son cousin cool, avec qui elle pourra parler sans problème plus grande, de tout. Je veux être son grand frère, je veux la voir grandir. Mais je reste là et elle rentre chez elle.

Puis les allers retours, je n'ai pas de maison, je ne sais pas à quel endroit j'appartiens. Je crois que c'est ça le pire dans ce moment. Je ne suis bien nulle part, tout est étroit, tout est complexe, je suis toujours entouré, je ne peux pas vraiment me détendre.
Mais ça a toujours été comme ça ! Tout petit je venais rarement en Bretagne par pur choix, je lui préférais les Vosges et la terre, les terrains de foot et les parties de pétanque à la chapelle jusqu'à la tombée de la nuit. Les glaces de chez thiriet et fort boyard à la télé. La Bretagne est synonyme d'étouffement. Je n'ai jamais su quoi y faire pour passer le temps, je tourne en rond, sans cesse et ça empire. Les discussions " adultes " me fatiguent, tout le monde crie, essaie d'être le meilleur et ça en devient ridicule au possible. Sans ma cousine, j'aurais très mal supporté le début.

Les déménagements m'empêchent de réfléchir, ça me rappelle l'interim. On ouvre les camions on les remplit on les vide. Je pense à rien, je fais simplement le boulot au mieux et ça roule. J'essaie d'ailleurs de tout assimiler à l'interim pour me calmer. Tous ces boulots, tous ces travaux je me convaincs que je suis là pour travailler et qu'en rentrant à la maison, je me doucherai, je serai sur facebook, je chopperai de nouveaux pornos qui me branchent (belles actrices, pas de seins trop siliconés, belle lumière - pas trop naturelle pas trop travaillée -, décor quotidien, ce genre de trucs), deux ou trois albums de funk que j'écouterai plus tard dans mon lit et tout ira bien. En gros c'est presque ça, simplement, comme un employé clandestin qu'on voit sur M6 le dimanche soir, je dors sur mon lieu de travail.

Les premiers jours, la première semaine, j'y mets de la bonne volonté. Je travaille avec entrain, sans jamais rechigner quoi que ce soit. Encore une fois, ça m'empêche de réfléchir.
Puis la lassitude, je n'ai même pas encore vu Rennes, je ne sais pas à quoi ça ressemble. Je me lève je bosse je me couche. J'essaie par la même occasion de me rapprocher de mon père. La tâche peut sembler simple mais je pèse tous mes mots, je ne lance pas de sujets bizarres et surtout, je le pousse à me raconter sa vie. Les trucs qu'on sait pas forcément et avec deux ou trois verres de rosé, il parle très ouvertement.
Parfois je me demande comment il peut jongler entre ses expériences passées, aussi fortes soient-elles et le quotidien. C'est une autre personne que je vois. Ce qu'il dit, ses réactions, ça ne ressemble pas à tout ce que je viens d'entendre et ça me déstabilise beaucoup. Un clap de fin de scène et il redevient un père 'normal'. Chose que je ne comprends pas du tout en fait.
Travail actuel : le travailler sur son passé pour faire ressurgir des souvenirs oubliés et deux résultats : Me permettre de mieux le connaître (rattraper le temps perdu etc.) et lui ouvrir une porte, lui dire " tu peux y aller je t'écoute, vas-y père castor ". C'est pas aussi simple et je remarque aussi qu'il se fout souvent de ce que je peux lui dire. A 80 % je m'en tape, à 20 % ça me vexe/rend triste.
Du coup je commence à m'enfermer, la communication devient difficile (différents états de communications) et ça + cette peinture qui n'en finit pas, je commence à être nerveux.
Naturellement, je commence à prendre les choses en main, je lâche le boulot et sort, Rennes la première fois.

J'y vais assez détendu. Il fait pas très beau et un de mes premiers contacts visuels c'est des hippies à chiens (je ne sais pas trop quoi utiliser comme mot) qui font chier ce qui semble être leur copine pendant qu'un autre fait des bolas et .. je m'arrête j'ai des spasmes.
J'étais préparé psychologiquement mais ça fait beaucoup d'un coup là.
Puis les magasins, les rues. Surtout le charme. Oui je trouve ça joli. Ca me rappelle certains quartiers de Strasbourg et j'ai l'impression de connaître cette ville. Tranquillement donc, je me balade " two miles an hour pour que tout le monde me voit " et prends mes repères.

Liste des repères : (prenez des notes)

- Les magasins. Savoir où acheter des habits, des chaussures (même si je suis plus tellement dans le biz, ça me rassure, bizarrement). Savoir où boire des picons l'après midi (ce qui n'est pas un réel problème vu que cette ville semble composée à 70 % de bars). Savoir où acheter des Cds (ouais j'achète encore des Cds. Parfois. En fait j'aime bien les disquaires pour glander, sourire affectueusement devant des albums que j'aime bien blablabla). Par la même occasion, parler avec les vendeurs, les patrons, de pleins de trucs et leur montrer sans prétention que je sais ce qu'ils vendent et que ça m'intéresse beaucoup.

- Les filles. Il suffit que je vois quelques jolies filles pour me rassurer. De type : "waow y'a aussi des bonnes nanas ici, alors ça roule". Et d'ailleurs, toutes les relations me paraissent plus tranquilles ici. Ahahahah le cliché oui, pourtant c'est vrai. A Strasbourg, faire connaissance avec quelqu'un dans la rue comme ça, c'est quasi impossible ou alors : c'est un clodo, c'est une pute, c'est un bourré ou un malade mental. Voir tout en même temps.
Ici tout semble .. Paisible. Ou alors ça vient du fait que j'écoute Ordinary Pain de Stevie Wonder et que les gens flottent doucement, que je ne vois aucun mal. Il fait beau et je m'assois en face d'un truc immense. Prendre la température, fumer une cigarette tranquillement, regarder les passants. Puis à nouveau les rues, pourquoi celle-là et pas celle-là, pourquoi je pars là-bas. Je laisse couler, comme l'époque fiévreuse des nuits à faire des photos, guidé par une sorte d'instinct. Malheureusement, le centre de Rennes n'est pas très grand et je retombe vite sur mes pas. Parfois je me demande si je vais croiser le peu de personnes que je "connais" ici. Lydia, des gens d'internet, mais rien. Bizarre de chiller en ville sans connaître personne d'ailleurs, même de vue, mais encore plus bizarre de déjà m'imaginer croiser des personnes que j'ai vu 3 fois dans ma vie.

Je n'ai pas de conclusion à tout ça, c'est encore trop actuel. Dans quelques jours je repars à Strasbourg pour une semaine et la passion me brûle le ventre, je le sens au fond de moi. Ici, c'est pas encore chez moi, le problème est là. Entre temps j'ai bu des picons, des martinis, pris plus de repères, mais ma vie est encore là-bas.
Un jour va vraiment falloir que je comprenne qu'être tellement attaché au passé ça empêche d'avancer et que je me prenne en mains.