17.1.07

Prenant la route qui mène à mes rêves d'enfant sur des îles lointaines où rien n'est important, que de vivre.



Un aller retour pour Paris. Enfin quasiment. L'impression de renaitre de ses cendres. Tout retrouver très vite: les habitudes, la vitesse de marche, le slalom, Diane.
Quand je vois son bonnet de loin, j'ai l'impression que rien n'a changé, que j'habite encore ici, que je vais simplement aller poser mes affaires et rester là pour toujours. Ne surtout pas penser pas au temps à économiser parce que ça ne servirait qu'à le laisser filer.
Savoir à nouveau pourquoi c'est elle et pas quelqu'un d'autre, ressentir à nouveau, réapprendre à nouveau. Tout évolue mais au fond rien ne change.

Quand je rentre en train, j'ai "crachons veux-tu bien" en tête sans l'avoir écouté depuis des semaines. Je revois Diane la chanter sur son lit, avant d'aller se coucher. Je la revois perdue dans ses pensées tandis que je me brosse les dents, hypnotisé par ces paroles qu'elle chante machinalement. Je l'écouterai une fois pendant le trajet puis je ne pourrai simplement plus, sentant mes yeux se rougir.

En me couchant je l'ai encore en tête.
En me levant je l'ai encore en tête.
Je regarde l'oreiller à coté de moi dans la nuit puis, fatigué et triste, je reste là, une, deux, cinq ou dix minutes dans le noir, naviguant entre Diane et le peu de motivation que j'ai pour aller travailler.
Finalement la routine, le froid, le train, le froid, le magasin.

Je mange maintenant toujours avec les filles qui bossent avec moi. Au début on est toujours un peu réticent pour différentes raisons:
- Déjà on est souvent très fatigué par le travail, on ressent donc une sorte de besoin vital de se détendre. Etaler ses jambes, faire craquer ses doigts, fumer, respirer.
- Et abandonner la pression continuelle, être au calme, debrancher totalement, manger avec respect.

Finalement on mange ensemble, on se tape dans la main et on va payer l'addition en rigolant.

Ce midi, au détour de petits bouts de conversations futiles, cette fille se met à me parler de voyance. Je l'écoute avec grande attention, toujours autant fasciné par ces histoires.
Et puis d'un coup je me demande pourquoi je n'y vais pas. Je pretexte toujours la peur d'en savoir trop sur son avenir (et d'agir en fonction de ces informations) mais c'est de la peur tout court au fond.
Je sais pas, j'ai toujours eu des idées etranges sur mon futur. Vers 14/15 ans il m'était impossible de m'imaginer adulte alors que d'autres avaient déjà tracé au marqueur rouge un plan à suivre, aujourd'hui je suis persuadé que je vais mourir d'une crise cardiaque assez rapidement. Je me suis toujours demandé si mes enfants n'auraient pas de problème, physiques ou mentaux, si ma femme allait mourir d'un cancer, si je serais un père loyal et respectable.
Pourquoi n'y vais-je pas alors? Sur le moment ça me parait vraiment ridicule et je prends même l'adresse en me promettant d'y aller. Maintenant je sais que je ne le ferai pas. L'enfance, ne pas découvrir comment le magicien fait son tour, ne pas aller derrière le rideau, ne pas rencontrer ses idoles. Autant de raisons qui me poussent à ne pas franchir le pas.

Enfin vous avez vu? On parle voyance au repas et ce qui va avec ce genre de sujets, c'est les confessions sur le passé et tout ça. Ouais parce que là, je peux commencer à ecrire un livre sur ces nanas. Je ne sais pas, j'ai l'impression d'être leur blog, elles me racontent tout, tout le temps. Des problèmes futiles aux plus graves, des joies éphémères aux détails amoureux, j'ai l'impression d'être Gérard dans les filles d'à coté.
Et je les laisse, je rigole quand il faut rigoler, j'écoute avec attention quand l'histoire devient sérieuse, j'essaie d'être réconfortant quand c'est triste, je leur remonte le moral quand leurs copains sont pas gentils. Gérard quoi.
A coté elles ne savent quasiment rien de moi, elles ne savent pas ce que j'aime, ce que je déteste, elles ne savent pas ce que j'écoute ni ce dont je rêve. Bizarrement j'ai aucune envie de leur parler de ceci, pas pour le moment en tout cas. On arrive à garder une certaine distance grâce à mon mutisme et ça me parait plus raisonnable pour le moment que de s'emballer et de feindre une grande amitié.

C'est pas "être un batard", c'est juste du respect au fond.

C'est comme quitter la fac, un camping, un travail avec des numéros pleins les poches, promettant - avec une poignée de mains sincère - qu'ils serviront vraiment cette fois (on peut ajouter le "cette fois" pour appuyer le fait que là on y croit trop et que c'est pas comme les autres fois) mais au fond on perd un peu volontairement ces bouts de papier. Là on est un batard.

Il ne faut jamais faire confiance à quelqu'un qui cherche l'addition à tâtons. Celui qui veut l'addition la trouve. Dans la vie, quand on veut vraiment l'addition, on s'arrange pour la trouver.

!!! - A New Name
Devo - Big Mess

Charles Aznavour - Emmenez-Moi

7.1.07

From here to Eternity



Un poussin dans la main


"From here to Eternity" c'est exactement ce que je me dis aujourd'hui en rentrant en train. Les paysages défilent, la nuit est tombée depuis longtemps déjà, les réverbères eclairent une simple parcelle de voie ferré. Kraftwerk me gonfle le coeur toujours un peu plus, me fait fermer les yeux toujours un peu plus. Je pense à mon mal de jambes, à mon travail puis je réalise: je vais continuer jusqu'à la retraite comme ça.

C'est etrange parce que j'ai fait beaucoup de boulots sans penser à ça. Bien sûr ça n'était que des petits trucs de quelques mois, quelques semaines, quelques mois ou quelques heures, ça doit justifier le fait de n'y avoir jamais pensé. Je change de Kraftwerk pour Moroder, obsédé par cette vision obsédante dans Crazy, en boite, quand ce gay blond approche ses fesses de celles du héros. Tourné au ralenti, lumières roses et violettes, de la Heineken, cette chanson qui s'envole toujours plus, les hélices d'hélicoptère.
From here to eternity, ça sera comme ça maintenant. Sentir la douleur dans ses jambes tous les soirs, quitter le travail plein de puissance en prenant son temps pour allumer une cigarette et ne se soucier de rien. Serrer la main du patron en souriant, regarder les passants autrement, voir les voitures au ralenti, From here to eternity.

Bref, liquidation totale. Je me rends pas trop compte de ce que ça représente, j'ai jamais connu ça. Pour moi c'est juste un peu de monde qui achète tranquillement. Chez les hommes oui, mais chez les femmes, on est loin de la réalité. Vendeur de chaussures c'est le meilleur truc pour devenir mysogine, bien plus que les frustrations sexuelles, que les ruptures toujours difficiles, que l'homosexualité.. A l'ouverture, déjà une dizaine de femmes attendent devant la porte, prêtes à foncer, la rage au ventre. Des taureaux, une corrida - esquiver, planter/faire essayer, vendre. Elles sont folles, les boites volent de partout, tout est mis n'importe comment. Aucun scrupule, aucune considération, elles te prennent pour une merde et ne se gênent pas pour le faire savoir. Des boites vides jonchent le sol tels des corps après un attentat.
Dangereusement et inconsciemment je cible mes clients: jeunes mignonnes, mères de famille discrètes, tous les blacks etc. et j'évite certains cas comme les mamies alsaciennes.

De un parce que je ne parle pas alsacien du tout.
De deux parce que c'est les pires. Les pires vicieuses, les pires putes. Elles ne lâcheront rien, elles seront toujours là, elles te pompent jusqu'au bout (ok on évite les sous entendus pourris). Pourquoi personne ne réalise de films sur elles? Ca serait amplement mérité, un Romero avec ces vieilles en zombies dans un champ. L'horreur. La vraie.
Les femmes sont des pourritures, des ordures. Elles s'entretuent à petit feu, rongées par la jalousie.

Trop fatigué par tout ça, je descends servir les hommes et quel soulagement quand je lève les yeux: Pas beaucoup de monde, tout va bien, de la discipline, du calme, de la gentillesse. Je vois un vieux qui était déjà venu la veille. Attachant au possible, je m'étais défoncé pour le servir et il semblait ravi. On parle un peu de tout ce monde, de ce bordel ambiant, il est excédé par les femmes et je ne me gêne pas pour lui dire ce que j'en pense, ce qui nous fait rigoler. Tous les deux, avec nos 50 ans d'écart, là, dans un coin de ce magasin, en milieu d'après-midi, je ressens des interactions que j'avais perdu depuis longtemps et ce n'est pas sans un grand sourire que je lui dis au revoir.

C'est un vrai travail sur moi que je fais là-bas. Parfois j'ai vraiment envie de lever les yeux vers ces femmes et de leur dire d'aller se faire foutre mais je suis toujours là, à sourire calmement et à ranger ce qu'elles viennent de déranger. J'ai l'impression etrange de grandir et de regresser en même temps. C'est peut-être ça devenir un adulte. Aucune idée. Dans tous les cas c'est vraiment pas pour tout de suite, je tiens encore trop à l'innocence et à l'intensité de l'enfance, aux découvertes, à la simplicité.

Le vent de face à 150 km/h, je tiens encore la barre.

Klanguage - Priceless Things (mon frère Remix)
Chamillionaire - Game Gonna Cost A Free